Bulletin de la Guilde africaine, no. 10 - nov. 2003

La Guilde, à n’en point douter, c’est, comme le reconnaît un journaliste des Cahiers du Cinéma, « la place forte du cinéma africain. » C’est sans doute le sérieux de notre travail qui a séduit le festival de Namur où notre association a eu « carte blanche ».

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Solidaires, toujours

La Guilde n’a pas jeté ses principes fondateurs aux orties. Conscients que la défense de nos intérêts et la visibilité de nos cinémas sont primordiaux, nous n’avons cessé d’œuvrer dans ce sens. Tout le monde se souvient de notre présence aux deux précédentes éditions du Fespaco, et le travail que nous y avions abattu. Travail salué par tous… Même ceux qui, à la naissance de l’association, s’y sont opposés, sont aujourd’hui rangés…

La Guilde, à n’en point douter, c’est, comme le reconnaît un journaliste des Cahiers du Cinéma, « la place forte du cinéma africain. » C’est sans doute le sérieux de notre travail qui a séduit le festival de Namur où notre association a eu « carte blanche ». Même demande de la part du festival de Toronto pour l’édition 2004 où nous aurons aussi « carte blanche » pour présenter les films que nous aimons…

Cela dit, convenons-en, aucune œuvre humaine n’est parfaite –celle de la Guilde non plus. Mais est-ce une raison pour jeter le bébé avec l’eau du bain ? Souvenez-vous de ce qu’écrivait un de nos membres au tout début : « La Guilde est comme un bébé ; il lui faut passer par plusieurs étapes -apprendre à marcher à quatre pattes, puis sur les deux jambes, etc.- avant de grandir »
Solidarité et passerelle entre les uns et les autres ont toujours été au centre de nos préoccupations. Nous en voulons pour exemples les scénarii que nous faisons lire par les uns et les autres ; ou encore le regard que les uns portent sur le travail des autres avant le final cut. Comme le rôle joué par Balufu sur le montage de Bintou, de Fanta Régina Nacro…

D’autres exemples, non exhaustifs : Issa Serge Coelo qui produit le jeune Ahmat Mahamat ; Abderrahmane Sissako, Abouna, Jean-Marie Teno Si-Guériki ; Zeka Laplaine qui distribue Bye-bye Africa ; Mahamat-Saleh Haroun, conseiller artistique sur La nuit de la vérité, premier long métrage de Fanta Nacro ; Nadine O. Boucher travaillant sur Le Jardin de Papa dont Mama Keïta réalise la bande-annonce… Ça, ce sont les faits. Or, pour nous, les faits sont sacrés ; les commentaires, eux, sont libres…

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« Chaque société a sa propre conception
de ce qu’est une œuvre d’art »

déclare Cheik Oumar Sissoko à propos de la critique. Le cinéaste malien est actuellement ministre de la Culture de son pays.

« Par delà sa fonction nominative, évaluative, informative et interprétative, la critique m’apparaît fondamentalement comme une activité dont les enjeux sont à la fois d’ordre culturel et économique. L’œuvre d’art étant un objet de civilisation, un produit culturel très élaboré qui ne se laisse pas appréhender au premier regard, elle gagnerait à passer par la médiation d’une analyse critique.

Cependant il n’existe pas de méthodes critiques toutes faites ou passe-partout qui puissent être appliquées systématiquement à tous les objets. Quelque soit la démarche qu’il adopte - thématique, philosophique, psychanalytique, sociologique, etc., - le critique ne peut faire abstraction des réalités intrinsèques de l’œuvre. Son rôle n’est pas d’imposer des modèles ni de s’enfermer dans des considérations purement théoriques, mais de dégager des pistes qui permettent effectivement d’entrer dans l’œuvre et par la suite, d’en cerner les principaux aspects.

La critique n’est pas un concept nouveau. Elle existe en Afrique depuis très longtemps, sous une forme implicite surtout. Cette question a été débattue lors d’un colloque international dont les travaux se sont déroulés à Yaoundé en 1976 et dont l’intitulé est suffisamment éloquent : « Le critique et son peuple comme producteurs de civilisation ».

Il faudrait dissocier critique et littérature écrite. Dans la littérature orale africaine il y a tout un processus de consécration et de légitimation d’une œuvre par le public qui en est le premier critique. Un exemple : lorsqu’un conte est réussi, il devient la propriété du public qui le prend à son compte soit en l’approuvant par des commentaires soit en l’intégrant au répertoire populaire, d’autres conteurs pouvant alors s’en inspirer. Lorsqu’au contraire un conte est rejeté par le public, il tombe automatiquement dans l’oubli.

Je dirais, toutes proportions gardées, que chaque société a sa propre conception de ce qu’est une œuvre d’art, des principes esthétiques qui la régissent, des qualités de création et d’adaptation requises chez un artiste. Cela n’exclut pas les interférences et les contacts multiples entre les créations artistiques à travers le monde.

S’il est vrai qu’en Afrique nous vivons dans des sociétés de type consensuelles, la critique n’est pas exclue. Il n’y a aucune incompatibilité à ce niveau. Dans la société traditionnelle africaine, l’œuvre a joué un rôle essentiel dans la résolution des tensions sociales. Le théâtre, le conte et les œuvres de fiction d’une manière générale, ont été des terrains d’expérimentation sur le mode imaginaire de conflits de tous genres. Le lieu approprié pour évacuer le trop-plein de colère et révoltes pour mieux se corriger. Outre sa dimension esthétique, l’art a une valeur fonctionnelle et utilitaire indéniable. La critique s’inscrit dans une veine analogue, puisqu’elle constitue le prolongement immédiat de la création artistique.

L’artiste peut apparaître comme la mauvaise conscience de la société, celui qui pense tout haut ce que les autres pensent tout bas. Il en est de même pour l’écrivain, le cinéaste et le dramaturge (…).

Le critique et l’artiste ont un rôle à jouer : ils enrichissent toujours la société d’une vision du monde. Ils sont naturellement amenés à se situer par rapport à l’existant, dans un sens ou dans l’autre. »

Propos recueillis par Issa Serge Cœlo

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La critique n’est pas jugement
par Olivier Barlet

Sollicité à participer au débat sur la critique organisé par la Guilde au festival de Namur 2003 et lisant les articles destinés au bulletin diffusés à cette occasion, conscient qu’ils soulèvent des divergences au sein même de la Guilde, je me permets de proposer quelques idées afin d’alimenter le débat. Plus que jamais en effet la question de la nécessité de la critique est posée, qui provient de ses déviances propres, notamment par les clichés qu’elle véhicule sur les cinémas du Sud.

La question d’une parole autre, notamment africaine, se pose crûment, sans que ses conditions économiques soient assurées (prise en compte par les médias, rémunération mais aussi outils de travail). Les critiques du Sud ont la lourde charge d’accompagner une cinématographie dans sa difficile reconnaissance au niveau mondial et de révéler l’importance historique de certaines œuvres. Pour cela, un certain nombre de malentendus doivent être éclaircis.

1) Critiquer n’est pas juger
On ne rêve pas d’être critique de cinéma comme d’être médecin, soldat ou pompier, on le devient.

C’est un itinéraire qui ne peut aller sans être habité par un souci profond de comprendre le monde.

Il n’a de légitimité que dans une véritable culture non seulement cinématographique mais globale.
J’en rajouterais volontiers une autre : considérer un film comme un être vivant, et lui faire l’honneur de ne pas l’enfermer dans des systèmes de pensée, c’est-à-dire tenter d’échapper à tout dogmatisme.

Agacé par les jugements à l’emporte pièce qu’on trouve communément dans les médias sur le cinéma, on nous pose comme aux cinéastes la question du public : pour qui écrivons-nous ? Ecrivant moi-même dans deux magazines, un site internet et une revue, je ne me pose cette question qu’en termes « techniques » : adapter mon écriture aux réalités du média en terme de lisibilité et d’approfondissement. On va moins à fond si on dispose d’un demi-feuillet ou de trois. Par contre, il me semble que le critique est confronté à la même situation que le créateur : se poser la question du public tombe trop facilement sur la question de plaire ou ne pas plaire – question très humaine mais qui est la pire à se poser quand on fait œuvre artistique. De même, à mon sens, une œuvre d’art qui ne dérange pas n’est pas de l’art. Caresser le public dans le sens du poil ne fait rien évoluer dans le monde.

Si j’essaye de dégager quels sont les critères esthétiques et intellectuels qui guident ma réflexion et mon écriture, je reste accroché à plaider pour une critique de la nécessité. « Une œuvre d’art est bonne quand elle est née d’une nécessité », écrivait Rilke dans Lettres à un jeune poète. Je rêve ainsi d’une critique réellement subjective comme l’envisageait à l’époque du surréalisme l’équipe de la première Revue du cinéma autour d’Auriol : parler d’un film en l’épousant dans sa « chair », privilégier la logique interne à la logique de surface, ne pas chercher à conforter son propre discours ou son point de vue personnel, rechercher ce qui a rendu le film nécessaire et non sa genèse objective, se laisser aller à la spontanéité de l’écriture et à une certaine dose d’improvisation lyrique, respecter l’individualité créatrice pour ne pas enfermer un film dans un genre… Faire œuvre critique n’est pas adopter une position « judéo-chrétienne » qui dirait que c’est bien ou c’est mal…

2) Nécessité de la critique
Cette critique de la nécessité est-elle nécessaire ?
A mon avis, plus que jamais. Au Nord comme au Sud. Au Nord, parce qu’il s’agit de lutter contre la méconnaissance et les clichés qui réduisent et dévient la compréhension des cinématographies africaines. Au Sud, parce qu’en quasi-absence de revues de cinéma, la seule approche des films reste celle de journalistes qui manquent en général de culture cinématographique et ont du mal à fonder leur grille de lecture. Les rares critiques africains qui se détachent n’ont que rarement accès aux médias, ce qui n’est pas étonnant car les médias n’ont pas pour souci une approche cinéphilique des films.

C’est bien là qu’il y a problème : sans être forcément des films d’auteur (cette notion historique pouvant poser problème si on l’applique à l’ensemble d’une cinématographie), les films des réalisateurs africains ont en commun une conscience aiguë de l’Afrique d’aujourd’hui et une volonté de contribuer à son évolution. L’art pour l’art ne les intéresse pas. S’ils sont parfois humoristiques et distrayants, la distraction n’est pas en général leur motivation première mais plutôt la réflexion…

Les ateliers de confrontation critique auxquels j’ai pu participer en 2003 à Ouagadougou et Tunis m’ont permis de sentir la soif de connaissance des journalistes culturels et critiques africains confrontés au manque criant d’accès aux films et aux livres et revues de cinéma. Ces manques de l’Afrique sont le produit des vicissitudes de l’Histoire : ils ne sont aucunement une question de talent mais de moyens.

La perspective qui se développe actuellement avec le projet Africiné de soutenir par des ateliers et un site internet la cinéphilie et l’émergence d’un réseau de confrontation critique en Afrique me paraît essentielle : une parole africaine doit pouvoir s’affirmer sur les films africains.

3) Sortir de l’ethnocentrisme
Mais il ne s’agit pas de convoquer des critiques du Nord qui apporteraient la connaissance et la bonne parole au Sud. Les ateliers gagneraient à associer des critiques du Nord et du Sud pour les animer. C’est un échange, une confrontation et non un didactisme qu’il s’agit de développer. Une parole endogène doit pouvoir se développer, tant il est vrai que comme le souligne la réflexion postcoloniale essentiellement développée dans le monde anglophone (cf le dossier d’Africultures n°28), une écriture périphérique doit aujourd’hui s’opposer aux écritures universalisantes du centre.

Le critique qui partage la culture du cinéaste saura déceler des éléments de compréhension et d’analyse pertinents qui guideront les autres écritures. Il ne s’agit pas de tomber dans les travers d’authenticité ou d’identité motivant l’exclusion d’autres lectures mais de s’inscrire dans le cadre d’une relation au sens glissantien du terme, respectant l’égalité des points de vue et les apports de tous.

La Guilde a cependant parfaitement raison de s’insurger contre les préjugés qui enferment la perception des films dont on attend qu’ils soient « avant tout un témoignage, un porte-parole, une radiographie sociale ou encore de l’exotisme à tout rompre »…

Il s’agit pour la critique de sortir des catégorisations uniformisantes aux relents coloniaux et des stéréotypes réducteurs qui inaugurent vite de nouveaux rejets : naïf, primitif, contemplatif, ingénu, candide, inexpérimenté, et donc finalement intellectuellement limité. Au contraire, un travail s’impose qui résonne à cette inversion du regard que nous proposent les films. Car en terme critique, c’est bien aussi de regard qu’il s’agit, un regard qui pense l’altérité en terme de solidarité comprise comme un double mouvement supposant, comme l’écrit Claude Liauzu dans Race et civilisation, « qu’on reconnaisse à l’Autre une part de soi mais aussi que l’on reconnaisse en soi une part de l’Autre ».

*Olivier Barlet est responsable de la rédaction d’Africultures,
www.africultures.com

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Critique, vous avez dit critique ?

Peut-on parler de critique cinématographique lorsqu’il s’agit des cinémas d’Afrique noire? Cette question posée de façon aussi brutale demeure à mon sens encore une énigme. Sous d’autres cieux, la question de la critique se traduit souvent dans l’effervescence d’une atmosphère plus conflictuelle que consensuelle. Mais dans tous les cas jubilatoire car elle participe de la connaissance en vue de l’amélioration des œuvres de l’esprit.

Il va sans dire que cette notion de critique ne s’entend pas sans l’idée de jugement qui pour certains s’abat tel un couperet, qui pour d’autres s’apparente à une grâce. Polémiques, procès d’intention, autodafé, jubilation, jouissance, compassion, complaisance, surenchère, etc. sont autant de termes portés sur la place publique que l’on devrait percevoir comme source de progrès.

On a pu imaginer que la critique devait donner lieu à un panthéon de chefs-d’œuvre, plutôt qu’à un savoir-faire, et pourquoi pas un faire savoir. Ces débats qui ont souvent lieu dans les sociétés organisées occidentales, n’ont pas toujours leurs équivalents, sinon embryonnaires, dans le sud. Ainsi n’est-il pas prétentieux d’affirmer que les cinéastes d’Afrique noire sont en avance sur la critique qui est censée les accompagner. Assertion aisée dans la mesure où la critique ne fait pas florès.

A la première interrogation nous pouvons y adjoindre une deuxième, toujours dans le souci de satisfaire à notre préoccupation qui est de saisir les enjeux de cette notion. La question sur laquelle nous pourrons nous attarder est la suivante : quelle critique ? Et par ricochet quelle utilité la critique peut-elle avoir ? D’ailleurs faut-il qu’elle en ait ?

L’aspect pédagogique qui peut découler de ces questions intéresserait sans doute le public africain que l’on sait réticent à l’invitation de la lecture. Un public qui n’a toujours pas intégré dans ses traditions l’écriture et la lecture du moins dans sa majorité, alors que paradoxalement la radio, la télévision et le cinéma peuvent se définir comme constituant de la néo-oralité d’où le succès qu’ils rencontrent. La difficulté se résumant au fait que l’accès à cette réflexion doit souvent passer par l’écrit. Ce qui peut s’avérer être un réel obstacle. Il apparaît nécessaire de créer des lieux de débats qui prendraient en compte cette contrainte. A qui la critique est-elle destinée ? A qui nos films sont-ils destinés ? Les questions ne cessent de fuser tant les réponses ne sont pas évidentes.

Nous savons tous que l’essentiel de notre production demeure encore difficile d’accès, au point que l’on peut considérer que nous sommes encore invisibles sur notre propre continent. Certaines productions de cinéastes originaires du sud conscients de cette réalité, développent des œuvres qui intègrent naturellement cette donne.

De façon arbitraire, je ne prends pas en compte la critique que le nord développe sur nos films. Car mon vœu est de voir se traduire à coter de celle du nord une critique aux sources mythiques africaines. Pour paraphraser Cheikh Anta Diop qui rêvait de voir l’Egypte jouer dans les cultures africaines repensée et rénovée, le même rôle que les antiquités gréco-latines dans les cultures européennes, nous devons être responsables de l’engendrement d’un langage théorique, conceptuel, psychologique, psychanalytique, esthétique, catégoriel qui ne serait redevable ni d’Œdipe, ni d’Electre.

Nous assumerons mieux de cette façon cette « fabrique de souvenirs manière de blanc » à la sauce gombos relevée d’un sacré piment kongo. Malheureusement ceux capables de le faire, je pense à Jean-Servais Bakyono, Clément Tapsoba, Manthia Diawara, sont encore trop peu nombreux.

Pour le moment nous évoluons dans une sorte de préhistoire au goût orange mécanique où certains de nos journalistes qui portent le costume de critique confondent encore télévision et cinéma et les téléspectateurs critique et promotion. A ce jeu nous ne sommes pas égaux, car la réflexion des cinémas arabes d’Afrique bénéficie aujourd’hui de regards de spécialistes, même si ceux-ci sont souvent en bute à une censure religieuse très forte.

Qui voit ? Qui lit ? Qui voit quoi ? Qui lit quoi ? Et dans quelles conditions ? Si la question du regard retient notre attention, c’est parce qu’il est impératif que nous puissions affirmer tous azimuts notre différence sur une scène universelle monochrome et monocorde pas seulement sous forme de témoignages ajoutés attestant de notre existence, mais davantage comme acteur d’un monde qui ne nous as inscrit sur aucune mappemonde.

Tel que traitée dans l’ouvrage d’Olivier Barlet “Les cinémas d’Afrique noire”, le regard en question y trouve quelques réponses qui méritent qu’on s’y penche. Mais le fait d’évoluer, pour notre grand bonheur dans un monde sans frontière, ne doit pas pour autant rayer de nos créations les répercussions de notre milieu. Pour aider nos œuvres à se déployer de façon plus efficiente, il apparaît nécessaire qu’il y ait une formation des critiques afin d’aboutir à une production de textes fondamentaux capables d’élaborer de nouvelles grilles de lectures, en tout cas plus originales. Ainsi saurions-nous apprécier les œuvres analytiques qui viendront s’ajouter à celle des Paulin Soumanou Vieyra, Georges Ngal, Pius Ngandu-Nkashama… car cette réflexion s’étend à l’ensemble de nos arts.

Imunga Ivanga

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Bedwin Hacker
Un film de Nadia El Fani (Tunisie)

Pour dialoguer versus Sud-Nord, Kalt jeune femme maghrébine, génie de l’informatique, pirate les satellites et brouille les télévisions européennes… Mais les services de la DST, pilotés par Julia, son alter ego, sont à sa poursuite sur Internet…

Bedwin Hacker est né d’une urgence : celle de prendre la parole ! Ici et ailleurs… Raconter l’histoire de personnages décalés, marginalisés, rebelles, résistants, face cachée de cette société à la fois moderne et réactionnaire qu’est l’Afrique du Nord aujourd’hui…

Kalt est belle, libre, bisexuelle. Elle vit au milieu d’une « Tribu » amicale et familiale pleine de vitalité. À l’aide d’un émetteur de fortune, depuis Midès, Oasis de montagne du sud tunisien, elle diffuse sur les écrans européens un premier télétexte en arabe : « Dans le troisième millénaire, il existe d’autres époques, d’autres lieux, d’autres vies… Nous ne sommes pas des mirages… ». Signé d’un petit logo animé : un dromadaire du nom de « BEDWIN HACKER ». À la DST Julia, alias Agent Marianne, croit reconnaître là une allusion au pseudonyme Hacker de Kalt : « Pirate Mirage ». Habilement, elle manipule Chams, son amant, journaliste parti en reportage à Tunis, pour obtenir des informations sur le piratage… Tiraillé par Julia avec qui il correspond sur Internet et Kalt qui le séduit intensément, Chams préfèrerait ne pas avoir à choisir son camp. Pourtant dans cette histoire de politique-fiction, chacun finira par se retrouver « de l’autre côté »…

Il est des défaites qui sont des victoires !
(Texte paru dans le dossier de presse pour la sortie du film en France.)

Voici donc le texte intégral que j’ai finalement choisi de publier pour définir mon film et tenter de susciter chez un public inconnu

-L’énigme « qui va voir nos films » n’est toujours pas résolue…- le désir d’aller le voir… Un an plus tôt pour un autre dossier de presse, j’écrivais plus précisément sur mes motivations et les difficultés que j’avais rencontrées… :

« Trop d’ambition dans ce scénario ! ». « Drôle de sujet pour une femme ! ». « Ce n’est pas un sujet tunisien ». Voilà des réflexions qui finalement ont orienté mon écriture vers encore plus de dérision, plus d’ironie…

La manipulation de l’information, la pensée unique, le nouvel ordre mondial, la culture dominante, le pouvoir technologique, la mondialisation… Autant de débats auxquels les peuples du Sud ne participent pas… Leur parole n’a pas de voix !

Ce film est un acte politique, un message d’espoir optimiste –utopiste- ! Pour tous ceux qui veulent bien croire avec moi qu’il n’y a pas de fatalité. « Au Sud » une pirate informatique et sa tribu libertaire en témoignent !

Quant à la note d’intention originelle, celle des dossiers qu’on présente pour les recherches de financements, elle faisait trois pages et elle se terminait en ces termes :

… C’est là la magie du Cinéma qui fait croire à l’impossible, à condition que cet impossible soit probable… Je ne veux pas d’un film revanchard du Sud contre le Nord, au contraire, ce qui m’intéresse- moi qui suis le fruit d’une double culture, c’est bien le métissage… Ce que le savoir de l’un peut apporter à l’autre.

« Soyons réalistes exigeons l’impossible ! ».

Voici donc ce que moi je dis de mon film en somme… Pourtant dans ce parcours du combattant pour écrire-produire-réaliser-promouvoir j’ai fait d’autres synopsis, d’autres notes d’intention… À la re-lecture, je m’aperçois que j’ai à chaque fois raconté la même chose, ma motivation était bien la même à chaque fois. Le bonheur de l’écriture qui nous laisse le loisir d’écrire indéfiniment, différemment… Je pense que c’est un rêve de cinéaste de pouvoir un jour « refilmer » son film. En tous cas pour moi, frustrée à chaque tournage de l’abandon de ce que je n’ai pas pu tourner comme je l’avais imaginé…

La difficulté de continuer à donner aux images le sens premier de ce que l’on a écrit… « Filmer son imagination », comment y arriver quand l’argent manque à chaque étape de production, quand les moyens techniques de tournage sont archaïques, quand la censure guette au point de se mêler à notre inconscient de créateur ?… En tentant le plus possible de lier la forme le fond et les moyens… En repoussant au maximum les limites imposées par les différentes contraintes… Et au final en ayant une grande capacité d’endurance !

Ce n’est qu’au moment où le film est montré à d’autres, le public, les professionnels, les journalistes que je mesure l’adéquation entre mon imaginaire et « le film ». Mais surtout j’essaye d’affiner un style dans ce merveilleux mode de communication qu’offre, l’art en général et le cinéma en particulier. De façon très prétentieuse, l’acte de créer provient du sentiment qu’on a quelque chose à dire, de façon singulière et si possible unique ! Donc la chose la plus terrible pour moi serait que ce que j’ai tenté de faire transparaître à travers mes images ne soit pas perçu !

En quelques sortes comme on aime à le dire une fois le film sorti, il ne m’appartient plus. Mais moi qui suis très possessive en amour, je dirais que non, mon film m’appartient même si je le livre sans plus de défense, à votre regard encore et encore …

Nadia El Fani

P.S: Mes amis de la Guilde m’avaient demandé quelques lignes pour parler de mon film, de l’expérience du tournage, de la H.D. Numérique… je me rends compte que je n’en ai fait qu’à ma tête ! On ne se refait pas !

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