Bulletin de la Guilde africaine, no. 6 - mai 2002
Retour de l’Afrique à Cannes ? Trois films d’Afrique noire à Cannes cette année. Cela fait bien longtemps. Faut-il s’en réjouir ? Bien entendu. Ne boudons pas notre plaisir. Mais nous ne pouvons pas oublier qu’il devient de plus en plus difficile de produire en Afrique.
Le Point
Retour de l’Afrique à Cannes ?
Trois films d’Afrique noire à Cannes cette année. Cela fait bien longtemps. Faut-il s’en réjouir ? Bien entendu. Ne boudons pas notre plaisir. Mais nous ne pouvons pas oublier qu’il devient de plus en plus difficile de produire en Afrique… Comme l’illustre le film malien « Kabala », dont le réalisateur, Assane Kouyaté, a dû batailler plus de cinq ans pour arriver au bout de son projet… Ainsi, comme le dit un producteur sénégalais, « chaque film africain est un accident. »
Beaucoup plus qu’avant, il faut aujourd’hui plus d’énergie, de patience et de volonté pour réaliser un film africain. Désintérêt des télévisions, des distributeurs européens et, quand, in fine, on arrive à terminer le film, les vendeurs à l’international vous rétorquent qu’ils ont déjà deux ou trois films africains dans leur catalogue, et qu’ils sont invendables… Il n’est pas vrai que notre cinéma n’intéresse personne ; il n’est pas vrai que nous comptons pour quantité négligeable. Nous ne sommes pas la banlieue du monde. Il suffit d’un fort désir d’accomplir son travail et de le défendre pour y arriver. Mais face au désert, il faut s’impliquer plus avant : Jean-Marie Téno distribue lui-même ses films et bien d’autres. Zeka Laplaine s’y mettra aussi bientôt en sortant lui-même (Les Histoires Weba) son dernier opus « Paris (xy) ».
Cette difficulté de la production africaine est telle que le Burkina, terre de cinéma, risque de ne pas avoir de long métrage au prochain Fespaco. Historique…
Doit-on tous pour autant se tourner vers la vidéo comme on nous le serine, prenant le Nigeria pour exemple ? Rappelons haut et fort ici que la vidéo au Nigeria, c’est le pis-aller… C’est un choix par défaut. C’est parce qu’il n’existe pas de politique du cinéma dans ce pays riche que les professionnels se sont mis à la vidéo. Pour continuer de travailler. Mais ce n’est pas de gaîté de cœur…
Quel avenir pour le cinéma africain ?
Ecrans Nord-Sud
La disparition prochaine de cette association présidée par Dominique Wallon laisse un goût amer. Il est vrai qu’en quelques années, Ecrans Nord-Sud s’est imposée sur le marché, sensibilisant institutions et professionnels du cinéma aux problèmes de diffusion des films africains. Par des actions concrètes, elle a apporté son soutien à de nombreux films, rejoignant ainsi la question essentielle que nous nous posons au sein de la Guilde : la diffusion des films africains en France. Les raisons à ce coup d’arrêt sont évidentes selon les respnsables de l’association : « au moment où des moyens nettement supérieurs seraient nécessaires pour faire face aux demandes de nos partenaires français et africains, l’association est confrontée (…) à une baisse importante des financements publics, ce qui ne lui permet plus de travailler dans des conditions professionnelles. » D’où la décision de « mettre fin aux activités de l’association à compter du 30 juin 2002. » Voilà où nous mène une politique entamée depuis quelques années, reléguant l’Afrique au rang de parent pauvre… Pourtant, on ne peut continuer à financer une production africaine sans se soucier de la diffusion des films.
Distribution
Maintenant que la mort d’Ecrans Nord-Sud est avérée, il faut réfléchir, en tenant compte de cette expérience, de la place du film africain dans les circuits de distribution aussi bien en Afrique qu’en France… Cette réflexion, déjà amorcée par l’Agence de la Francophonie, qui veut mettre en place un nouveau mécanisme d’aide à la distribution, est une bonne chose. On devrait y associer les professionnels africains. Qu’ils vivent dans le continent ou en France, ils sont confrontés aux mêmes problèmes. Aucune théorie de la division ne peut justifier qu’il existe les africains de là-bas, et les africains d’ici. C’est pourquoi l’idéal c’est de trouver la meilleure circulation pour les œuvres concernées, sans oublier que c’est en Europe que les recettes sont les plus significatives.
Financement
Depuis quelques mois, le financement des courts métrages au sein du Ministère des Affaires étrangères a disparu. L’intérêt est donc entièrement recentré sur le long métrage. Pourtant, la France ne sent jamais aussi bien que quand elle joue son rôle : celui de la résistante au cinéma dominant. Et c’est dans cet axe là que son combat pour l’exception culturelle prend tout son sens. La France n’est jamais aussi forte que quand elle défend ces cinématographies peu visibles… Aujourd’hui, pas moins de onze films aidés par le Fonds Sud sont à Cannes. Qui dit mieux ?
Vidéo
Nous ne sommes pas tous condamnés à faire de la vidéo. D’ailleurs, pourquoi privilégier la vidéo ? Serait-elle plus rentable ? Quoi qu’il en soit, penser vidéo, c’est penser en termes d’audiovisuel, donc de télévision, donc de contenu de programmes. Laissons à chacun le choix de son support. Tout compte fait, cette incitation à la fabrication de produits audiovisuels nous pousse forcément vers le bas. Voyez l’exemple du Burkina où fleurissent des séries et feuilletons en veux-tu, en voilà avec beaucoup de succès. A force de vidéo, on en oublie le cinéma. Y aura-t-il un long métrage burkinabé au prochain Fespaco ? Pas sûr…
Politiques
Face à tous ces fronts de bataille, il faut s’impliquer davantage. Nos pays sont condamnés à mettre en place des vraies politiques pour le cinéma. Pour les sensibiliser, nul n’est mieux placé que les cinéastes eux-mêmes. Aux associations nationales de cinéastes de tirer la sonnette d’alarme. Car, comme l’écrivent Dominique Wallon et Valérie Mouroux d’Ecran Nord-Sud, « la situation marginale des cinémas d’Afrique sur le marché français appelle une attention particulière et justifie le développement de programmes spécifiques. » Un rêve pieux ?
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Des épines sur les branches
Qui oserait scier la branche sur laquelle il est assis ? Personne… Mais encore faut-il distinguer la bonne de la mauvaise !
De cette branche d’où l’on voit se profiler des nuages en forme de point d’interrogation, de cette branche où on a une vue imprenable sur notre dépendance !?
Cette branche c’est celle de la Françafrique du cinéma. Elle est épineuse et pique plus d’un qui s’y pose avec un mauvais train d’atterrissage.
Si l’équilibre entre les financements africains et ceux de la France n’est pas encore évident, on compte sur les chaînes de télévision européennes pour s’impliquer davantage dans les coproductions. La balance pourra alors réellement pencher en faveur des cinéastes ? Actuellement, le budget moyen d’un long métrage africain est d’environ quatre cent cinquante mille Euro. C’est terrible pour les auteurs, producteurs et prestataires. Toute la chaîne de fabrication du film subit les effets secondaires. Les professionnels en finissent avec des migraines chroniques.
L’avenir du cinéma africain se décide de plus en plus en Europe. Certes.
S’il y va de sa survie et de son identité que de se munir d’un tissu associatif fort, aussi bien en Afrique qu’ en Europe, à la Guilde nous savons que notre cinéma évolue très vite. Et ce n’est malheureusement pas le cas d’un bon nombre d’organismes qui le financent. Mais il y a quelques exemples ici et là, qui font exception.
C’est très sportif de nous demander d’accepter les décisions prises par ces institutions sans consulter au préalable nos associations. Le cas du dossier de la commission européenne pour le cinéma ACP est instructif à plus d’un point.
La pensée unique du « one way », n’a donné de bons résultats ni dans les politiques de développement, ni dans les relations qu’entretient la mondialisation à l’Afrique. Alors avec le cinéma ACP, c’est une épine avec laquelle on nous égratigne le moral.
Un pêcheur mauricien disait que le requin il faut le manger, sinon c’est lui qui te mangera. Raisonnement de survie où logique de guerre, dans les eaux troubles de notre cinéma, on n’est pas obligé de « faire avec » les requins-scie ou les requins marteaux. A force de les laisser morceler la tirelire de la production, on assiste la bouche bée à une non-assistance à un cinéma en danger.
La France est notre pays modèle en terme de politique cinématographique. Elle est copiée, consultée, et sollicitée. Ce pays n’a pas d’égal sur une politique cinématographique aussi pointue. Elle est présente au CNC, dans la Francophonie, l’Europe, et CFI. Nous attendons d’elle aujourd’hui qu’elle nous permette d’accéder à ses écrans de télévisions publiques. On a besoin d’un « Yeelen » sur France Télévisions, pas seulement de « Fatou la Malienne ». Si la France défend ici et là l’exception culturelle, c’est qu’elle a réellement un sens : celle de nous faire croire, qu’elle n’arrêtera pas de sitôt, l’intérêt qu’elle accorde à notre cinéma. Nous refusons la mondialisation à la « one way ». A la Guilde, nous sommes sciés par la disparition d’Ecrans Nord-Sud. Elle illustrait parfaitement le paysage France-Afrique du cinéma. Elle était utile à la consolidation de la diffusion des films d’Afrique en métropole. Son soutien au moral des troupes de notre cinéma est à saluer. On allait bientôt récolter les fruits de son travail.
Cette disparition nous pose d’autant plus problème qu’en cette année 2002, entre les films terminés et les films en cours, la production bat son plein. Plus d’une dizaine de nouveaux films seront présentés au prochain Fespaco…
Depuis trois ans, le ralentissement de notre secteur est dû notamment à la restructuration de la Coopération vers les Affaires Étrangères, aux problèmes de fonctionnement de la Commission Européenne, et à la stagnation des crédits de la Francophonie. On est impatient de la reconduite des crédits liés aux courts-métrages et aux programmes télévisuels aux Affaires Étrangères. On a bien peur que la bourse à la distribution de la Francophonie ne se disperse.
On assiste en cette année 2002, à une production « raccord » avec celle de l’année 95.
Alors, « what’s next ? », après la disparition d’Atria et maintenant d’Ecrans Nord-Sud ? Sur quelle branche va se poser la prochaine proie de “l’Afrance-Afrique” du cinéma ?
Hier Raoul Peck et aujourd’hui Moufida Tlatli à la tête du Fonds Sud, prouve qu’il y a une écoute de la part de nos administrateurs à prendre en compte nos préoccupations de « représentativité » dans les décisions. À la Guilde, nous restons vigilants sur la décentralisation des aides qui s’adressent maintenant aux sociétés de production, aussi bien qu’à des distributeurs indépendants sur le continent. Tant mieux pour ceux qui en bénéficieront mais le doute est permis sur une politique de type « immigration zéro » pour les cinéastes. En ces temps où les politiques jouent à des jeux dangereux, nous allons vivre des changements radicaux dans les politiques culturelles et de coopération. Nous croyons qu’il est temps d’organiser des états généraux du cinéma africain. Pas seulement pour nous dire sur quel pied on va prochainement danser. On veut entendre le son de la Vérité. On veut projeter la Lumière dans l’obscurité de l’Histoire. On veut des personnages avec des objectifs nobles, sans scénario catastrophe.
Comme pensait Albert Londres, « porter la plume dans la plaie », à la Guilde c’est plus modeste : nous voulons seulement enlever les épines de la branche…
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SI-GUERIKI (La Reine-mère)
Un film de Idrissou MORA KPAI
Documentaire-35mm 62 minutes Couleur - Bénin/France/Allemagne
L’auteur, Idrissou MORA KPAI est né il y a 33 ans au nord du Bénin dans la tribu des Wassangaris. Jadis de grands et farouches guerriers aux traditions très rigides, les Wassangaris ont réussi à maintenir au sein de leur clan dans la société Béninoise actuelle un patriarcat d’une autre époque.
Après dix ans d’absence, l’auteur retourne dans son village. Il est bouleversé par la disparition de son père et par les conditions de vie de ses sœurs et de ses nièces. Il est tout aussi surpris par la place qu’occupe sa mère aujourd’hui. Dans son enfance, elle n’était qu’une des femmes de son père, une ombre dans la maison…Aujourd’hui elle porte le nom de Si-Gueriki, la Reine-mère, l’équivalent du roi pour les femmes.
Si-Gueriki (La Reine-mère) est l’histoire de la confrontation d’un jeune homme avec son histoire ses racines et sa culture. C’est un film intime et personnel, un regard de l’intérieur sur certains aspects de cette culture très ancienne. C’est aussi la rencontre entre un jeune homme et ses deux mamans.
Pour moi, mon père était le plus grand homme que j’ai jamais connu. Par sa fierté, son maintien et son courage, il incarnait l’homme wassangari tel que la tradition nous l’enseignait. Rongé par la nostalgie des temps passés, il observait avec dédain le changement et cette «modernité » qui allait avec. En cela, il me rappelait le personnage du « Guépard » de Visconti.
Après plusieurs années passées en Europe, je voulais retourner au village et faire un film sur la culture et les traditions Wasangari, une société d’hommes dans laquelle les femmes sont reléguées à l’arrière plan et ont très peu de contacts avec les hommes, même avec leurs fils. Mon père, qui m’avait élevé et pour devenir un parfait wasangari, aurait été le personnage central de ce film. A sa mort, je n’ai pas a renoncé cette idée mais j’ai pensé à réorienter le film en utilisant les témoignages des personnes qui l’avaient connu, parmi lesquelles ma mère et ma marâtre (une des co-épouses de mon père).
A mon arrivée au village, les choses avaient bien changé. Par son hérédité, ma mère était devenue Reine-mère. Elle pouvait voyager et recevoir chez elle tous les hauts dignitaires du royaume de passage. A la maison, pour ses enfants garçons et filles, elle était devenue l’interlocutrice principale, le pilier de la famille. Ce qui m’a surpris car j’avais passé toute mon enfance dans un univers d’hommes, loin des femmes et tout le rapport mère-fils comme ça se pratique ailleurs en Afrique et dans le monde m’était inconnu.
En les écoutant parler de mon père, j’ai pu mesurer le degré de complicité entre ma mère et ma marâtre. J’ai été aussi impressionné par l’aisance avec laquelle elles conciliaient la conscience des injustices et en même temps le respect de la tradition. Dans nos conversations, il m’est apparu qu’elles étaient loin d’être des ombres dans la maison comme je les voyais enfant, mais des personnages riches, complexes avec une analyse surprenante de leur place dans la société d’une part et d’autre part j’ai pris conscience du fait que je ne connaissais pas ma mère.
Ce qui m’a forcé à m’interroger sur ma propre enfance, mon identité et m’a donné envie de poursuivre cette conversation avec ma mère pour essayer de la connaître et aussi comprendre ce qu’elle avait ressenti dans les moments d’injustice qui avaient jalonné sa vie. C’est à ce moment-là que j’ai pensé à recentrer le film sur ma mère.
En faisant ce film, je suis allé à la rencontre des femmes dans la société Wasangari.
Idrissou Mora-Kpai
Pendant les 15 dernières années, j’ai écrit, produit et réalisé des films documentaires en Afrique sur les thèmes suivants : la santé, l’éducation, la justice, le pouvoir les inégalités et la modernité.
Après mes 2 derniers films CHEF ! et VACANCES AU PAYS, j’ai choisi de prendre un peu de recul pour réfléchir à ma vie et à mon travail. J’ai pensé à consacrer du temps à produire des films d’autres auteurs afin de m’enrichir de ce contact et de mettre aussi mon expérience au service d’un sujet et d’un auteur pour lui permettre d’aller le plus loin possible dans son travail de création.
J’ai été séduit par le projet Si-Gueriki (La Reine-mère), d’un jeune auteur d’origine béninoise Idrissou Mora Kpai, qui par ses voyages, s’est enrichi de diverses cultures. Nous avons travaillé pendant 2 ans pour mener ce projet à son terme. Mon rôle de producteur a consisté à faciliter le travail d’Idrissou en l’accompagnant dans sa quête et en m’efforçant de résoudre un certain nombre de problèmes et lui permettre d’aller aussi loin que possible dans son questionnement de la société béninoise, rigide et patriarcale dans laquelle la femme occupe une place peu enviable. Pour aborder ce sujet délicat, l’auteur avait choisi de suivre une femme, une reine, sa mère. Une approche rare de la condition de la femme en Afrique aujourd’hui à travers le pouvoir et le rapport le plus personnel et passionnel qui existe : le rapport mère-fils.
Le film est terminé et je suis content qu’il existe.
Jean-Marie TENO
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(Paris : xy) L’amour c’est comme un bol de miel rempli de piment
Un film de Zeka Laplaine
Une équation amoureuse
(Paris: xy) est le deuxième long métrage réalisé par Zeka Laplaine après “Macadam Tribu” en 1996.
Changement de décor, Zeka Laplaine troque son Afrique natale contre son Paris d’adoption pour raconter une histoire d’amour, celle de Max et Hélène. C’est un couple comme tant d’autres, malmené par la monotonie et ses silences. Une union qui repose sur un équilibre fragile que la jeune femme va rompre brutalement à la suite d’une dispute banale provoquée par l’indisponibilité grandissante de Max. Elle quitte le navire. Elle part, avec les enfants, sans se retourner et oppose au désarroi de l’homme qu’elle aime encore, un silence obstiné et radical.
L’univers de Max s’effondre et l’entraîne dans une chute vertigineuse. Tout lui semble adverse, son entourage, sa maîtresse, ses amis. Le monde lui échappe. Renvoyé ainsi à sa solitude, il recherche une issue dans les méandres d’une ville, Paris, dans ses origines oubliées, auprès d’un marabout fantôme…
(Paris : xy) nous rappelle que l’amour est une belle formule avec ses données et ses inconnues. La déchiffrer peut être l’affaire d’une vie.
AU CINEMA LE 21 AOUT 2002
www.parisxy-lefilm.com
Le faux combat
Lorsque j’ai commencé à montrer ce film, les “spécialistes du cinéma africain” (aussi bien du Nord que du Sud!) se sont empressés de le qualifier: “c’est pas un film africain”. Cela aurait pu me faire plaisir. J’aurais pu me dire je sors enfin d’un ghetto. Ma réaction était pourtant inverse. Parce qu’il y a sous jacent cette remarque, l’idée que “c’est pas un auteur africain”.
Cette remarque et l’idée réductrice qu’elle véhicule, provoquent en moi un énorme sentiment d’injustice. Parce qu’elle s’oppose au statut que je revendique et fait de moi un usurpateur. Parce qu’elle cherche à me déplacer vers un no man’s land, à faire de moi un sans papiers. Soit.
Mais personne ne m’explique pourquoi un film écrit, réalisé et produit par un africain, racontant l’histoire d’un africain et de sa femme, n’est pas un film africain. Parce que la femme en question est blanche? Parce que ça se passe à Paris? Ou encore parce qu’il existe un traitement propre au cinéma africain? Quelqu’un m’a avoué qu’il manquait d’exotisme…
L’auteur africain doit-il donc rester chez lui, raconter ce qu’il s’y passe exclusivement et n’utiliser que les formes de narration répertoriées à ce jour dans les cinémas d’Afrique? On pourrait manifester, parce que nous sommes curieusement de plus en plus d’auteurs africains, d’ici ou de là-bas, à ne pas faire des films africains… Comme ils le disent.
Faut-il encore se battre là-dessus… Je ne pense pas. Cela ne reviendrait-il pas à se poser la question suivante: pouvons-nous exister ailleurs tout en restant africains, et avons-nous ce droit ?
Faux débat et faux combat. Ce serait remettre en question une partie de notre propre histoire et de notre essence. Celle qui pousse l’homme, éternel voyageur, à traverser les frontières.
Au delà d’une histoire d’amour, c’est aussi de cette existence de l’ailleurs que je veux rendre compte dans (Paris:xy). Cette existence qui est le fond de commerce de certains partis politiques et qui fait peur à six millions d’électeurs en France.
Zeka Laplaine
